Bâtiment Historique

Passage du livre "La Saga Campinoise" de Mr. P. Verwilghen :

LA VILLA L'ESCALE

A l'été 1923, une grande décision fut prise par mes parents.  Une famille de neuf enfants pose de sérieux problèmes, notamment pour tout ce qui concerne l'organisation des périodes de vacances. En ce temps-la, les possibilités de logement pour les loisirs étaient loin de celles dont on dispose aujourd'hui grâce a l'éventail actuel et moderne de l'hôtellerie et des secondes résidences. Par ailleurs, les moyens de transport demeuraient encore limités. L'évasion au littoral constituait, pour la plupart, la seule solution possible, avec évidemment chaque fois l'inconvénient de trouver à louer une villa adéquate. A cela s'ajoutait aussi
Le fait que les aines des enfants étaient arrives a l'âge ou leur choix d'un cercle d'amis s'était concrétise et que la période des vacances postulait précisément leur rencontre ou leur rassemblement. Pour toutes ces bonnes raisons, nos parents avaient opté pour l'acquisition d'une villa bien à eux, avec vue directe sur la mer, dans le quartier de La Panne voisin du «Mont Blanc», grande dune conservée a front de digue.

En 1923, deux villas jumelles -«Les Argousiers» et «Les Coteaux» -terminaient la série de celles déjà construites de la cote sud-ouest sur la digue. Elles appartenaient à Monsieur Maurice Debosque, un entrepreneur français d'Armentières, qui disposait encore d'un terrain à bâtir voisin de la villa «Les Coteaux». Mon père parvint à acquérir ce terrain de 5 mètres 50 de large et à y ajouter une bande de 1 mètre 50 venant d'une autre propriétaire, Veuve Ollevier. II disposa ainsi, au total, d'une parcelle de 7 mètres a front de digue, sur une profondeur d'environ 50 mètres dans le lotissement.

Pour la construction à ériger sur ce terrain, mon père vit les choses en grand. Nul doute qu'il se situa dans une perspective a long terme: il voulut laisser a ses enfants, et plus tard ses petits enfants, la possibilité de se retrouver entre eux et avec des amis.

Il en résulta l'édification d'une villa imposante, avec treize chambres et vingt-cinq lits, manifestement démesurée dans l'immédiat, au seul vu des nécessites de la famille. Au moment de son érection, cette villa fit l'objet de nombreuses critiques, tant sur le plan architectural que sur celui de son ampleur.

A l'époque, la profondeur des liens familiaux qui régnaient dans certaines familles s'avérait très importante. En cette fin du XXe siècle, il est difficile de se l'imaginer. Même alors, peu de membres de ma famille savaient qu'un des soucis majeurs de mon père résidait dans les conditions de vie de la famille de sa sœur Agnes, demeurée veuve avec sept enfants. Il ne pouvait supporter l'idée que ceuxci, prives tres jeunes du soutien paternel, ne puissent jouir des divertissements et joies offerts à sa propre progéniture. Cette disposition d'esprit orienta de façon déterminante la structure de la villa qu'il allait faire construire. Celle-ci devait pouvoir assurer aisément l'accueil d'au moins deux familles nombreuses. Les explications qui précédent et qui permettent de comprendre pourquoi la villa fut si grande, je les tiens de ma mère, qui m'en fit part bien plus tard. Elles ne m'étonnèrent guère: aucune des personnes qui ont connu mon père n'a jamais mis en doute son caractère généreux.

Le 30 octobre 1923 fut accorde le permis de bâtir. Des lors, en famille, le principal sujet de conversation tourna autour de l'avancement des travaux de cette villa. II en fut ainsi à la fin de l'année 1923 et durant la première partie de l'année suivante. On discuta aussi âprement de l'appellation à lui donner. Le choix du nom finalement retenu -«L'Escale» -sortit, parait-il, d'une suggestion de tante Lulu, la sœur de ma mère.

En plus des préoccupations d'ordre professionnel qui l'accablaient dans la phase terminale d'achèvement des travaux préparatoires du charbonnage, mon père dut aussi faire face aux atermoiements, hésitations et retards de toutes sortes dans le chef du bureau d'architecture auquel il avait confie l'édification de sa villa. Seule sa volonté de fer nous permit d'occuper celle-ci le 1er aout 1924 alors que l'édifice était encore inachevé. Cette date avait été fixée pour l'entrée en jouissance. En réalité, dix mois plus tard, la maison n'était pas encore totalement terminée, pour divers motifs, dont les raisons évoquées ci-avant.

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